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Extraits d’un échange entre moi-même et deux autres intervenants (x et y) à propos des liens entre ce qui est “naturel” ou “culturel” et en quoi cela doit ou non influencer nos règles sociales (notamment en ce qui concerne la sexualité et les genres).

Des intertitres ont été ajoutés.

Intervenant x :

[…] A la base c’est le biologique qui nous fonde, et le biologique impose des règles plus ou moins transgressives: manger, respirer, boire, dormir, forniquer

Dans ce raisonnement, il y a un glissement entre l’état de fait et la norme morale. On ne peut pas vraiment parler de règles, dans l’état naturel. Pour survivre, il est nécessaire de manger. Note qu’avec les progrès techniques, pour se reproduire, il n’est pas nécessaire de passer à l’acte sexuel. Par ailleurs, s’il est question de survie de l’espèce, tous les êtres humains ne sont pas obligés de tous se reproduire. Pense à certains animaux dont seuls quelques représentants ont cette fonction. Il faut sortir de la “fixité fonctionnelle” et ne pas confondre les potentialités naturelles avec les rôles que l’on se donne.

Nature et culture, sexe et genre

Si tu prends Lévi Strauss, il pensait que le seul véritable interdit universel fondateur des sociétés, c’était l’interdit de l’inceste. Or, même ça ça a été remis en cause. En réalité, les comportements homosexuels, les personnes qui ne veulent pas d’enfants, les adoptions ou autres ne compromettent en rien la survie de l’espèce. On pourrait d’ailleurs se demander avec les théories d’obédience Malthusienne si à un moment donné la reproduction n’est pas un danger pour l’espèce humaine, si elle ne venait pas à se stabiliser comme le voudraient certaines courbes démographiques.

Intervenant x :

Je trouve que le coté malhonnête de la théorie des genres, c’est de camoufler son but en “égalité” des individus, alors qu’en fait c’est la “liberté” sexuelle complète pour les individus, et genre ça rendra les gens égaux.

Là, je pense que tu fais erreur. Le problème de certaines féministes (il y a plusieurs courants) est qu’elles utilisent le mot “égalité” sans distinction, ce qui prête à confusion. En réalité, il n’est évidemment pas question de nier certaines différences biologiques. C’est comme dans le slogan “liberté, égalité, fraternité” : il n’a de sens qu’en tant qu’égalité des chances (ou en droits) et/ou en tant que liberté de se définir soi-même, “toutes choses étant égales par ailleurs”.

Intervenant y a dit que la théorie des genres n’est pas une théorie, je le paraphrase. Il s’agit d’un courant d’études. Il est question d’étudier les constructions sociales, et non de dire que tout n’est que construction sociale. La question du biologique est secondaire justement dans la mesure où elle ne dit en réalité rien du comment il faudrait se comporter.

Je rejoins en ce sens ce que intervenant y dit ici en moins développé :

Ne jamais laisser le donné dire ce qu’on doit faire

Dans ta vision des choses, le donné influence d’office l’action humaine, alors qu’en réalité de nombreuses alternatives sont possibles (et adviennent effectivement sans toutefois compromettre l’existence humaine). De même, le social ne tente pas d’influencer le biologique, mais tâche d’ouvrir le champ des possibles “en dépit de” cette composante donnée. Se donne-t-on des “procréateurs” qui ont pour rôle de maintenir l’espèce, tandis que d’autres vivent d’abstinence? Vit-on en polygamie ou en monogamie? Impose-t-on l’hétérosexualité à tous les individus? Cloisonne-t-on les femmes à des rôles moins physiques? Tout cela, c’est des questions de règles, et donc des questions sociales. Et aucune réponse que tu puisses y donner (même celles qui peuvent te sembler “contre-nature”) ne compromettent la survie de l’espèce. C’est la raison pour laquelle il est plus intéressant de les laisser ouvertes ou d’y proposer une réponse qui privilégie la liberté de chacun…

Wikipédia :

Le genre est un concept utilisé en sciences sociales pour désigner les différences non biologiques entre les femmes et les hommes.

Il n’est pas question d’égalité, et le phénomène est délimité au non biologique.

Maintenant, on ne peut nier qu’il y a un courant “politique” issu des gender studies, comme pour de nombreuses sciences sociales. Quand tu déconstruis une catégorisation aliénante, qui réifie les genres dans des rôles ; quand tu te rends bien compte que ce sont justement des phénomènes sociaux, culturels, et non universels, tu te dis forcément “pourquoi ça devrait être comme ça et pas autrement?!”. A l’époque des 1ères études sur le genre féminin, forcément ça allait de pair avec le féminisme, qui est mal compris (et a parfois du mal lui-même à se conceptualiser) à cause du mot égalité qui veut en réalité dire “égalité des chances”, “droit égal de se définir soi-même” ou encore “équité”, tout simplement.

Par rapport à l’argument « c’est la nature », concrètement, les abeilles, mais aussi des tas de mammifères fonctionnent sur un mode qui est différent de “1 parent de chaque sexe”. Dans "nos" sociétés, le “noyau dur” de la famille est d’ailleurs de moins en moins ce qui prime dans l’éducation (crèches => d’autres femmes que la mère prennent en charge plusieurs gosses qui sont pas les leurs pendant la majeure partie de la journée, puis école…).

[edit] Des scientifiques issus de la biologie se sont clairement positionnés eux-mêmes par rapport à ce sujet :

Ils construisent leur discours sur une supposée différence essentielle entre hommes et femmes, qui viendrait fonder un “ordre naturel”. Ils appuient leurs idées sur des faits réels ou imaginaires, le plus souvent abusivement décontextualisés, extrapolés ou généralisés. En plus d’être naïve, une telle interprétation de la biologie est malhonnête et démagogique. Les connaissances scientifiques en biologie ne nous permettent en aucun cas de dégager un quelconque “ordre naturel ” en ce qui concerne les comportements hommes-femmes ou les orientations et les identités sexuelles.

La nature ne veut rien, elle est, tout simplement

Il n’y a pas longtemps, François Desmet a écrit ceci. En fait, la nature, elle n’a pas de moralité intrinsèque. Si des sociétés fonctionnent de telle ou telle manière, ce n’est pas pour autant que toutes le doivent (concrètement, il y a des traces d’existence de l’homosexualité dans toute société, il y a des sociétés polygames, il y en a d’autres où certains seulement peuvent se reproduire…).

C’est justement grâce à certains anthropologues ou personnes du courant dit des études de genre que l’on voit bien qu’il existe des tas d’organisations sociales différentes et que du coup celles qui nous paraissent évidentes ne sont en réalité que des normes / idéologies que l’on a intériorisées.

Pour l’argument “c’est la nature : obligé de faire comme ça, sinon tout fout l’camp”, il y a une différence entre dire que “si n’importe quel individu cesse de respirer suffisamment longtemps, il meurt”, et dire “si un certain nombre d’individus d’une espèce ne se reproduisent pas, cette espère pourrait disparaitre” (c’est vrai, dans une certaine mesure, mais ça n’implique pas tout individu, loin de là). Par ailleurs, comme le dit cet article du Monde, “il ne suffit pas de dire que quelque chose est biologique pour dire que c’est immuable. C’est l’exemple du cerveau humain : il évolue avec le temps, et de génération en génération”.

Au niveau biologique, on ne peut plus faire non plus sans les progrès de la génétique et autres. C’est peut-être se prendre pour des dieux, mais on a une liberté qui transcende de facto la donnée biologique : plus besoin de l’acte de copulation pour donner naissance à de nouveaux individus. Et la contraception alors! Quelle chose “contre-nature” par essence, dans ton système… De là à dire que c’est mal…

Intervenant x :

Pour les femmes, c’est pas une volonté politique, mais la réalité, si t’as 200 mecs qui postulent pour pompier, et seulement 5 femmes, bah de un t’aura surement une écrasante majorité de mec qui vont être embauché, et de deux, tu vas pas commencer à baisser tes critères sous prétexte que la loi va te forcer à faire de la mixité?

Pour le critère 2, tu as raison, et je ne pense pas qu’il en soit question.
Pour le premier, l’éducation mec, l’éducation. Pendant toute la vie, des femmes (et des hommes) entendent des discours comme le tien. Tout comme le gamin qui entend qu’il a “la bosse des maths” quand on dit à sa voisine que c’est “une littéraire”. Qu’il joue aux soldats pendant qu’elle joue aux Barbies. Qu’elle a des magazines exprès pour lui apprendre comment être une bonne amante et être une bonne cuisinière tout en restant belle et -quand même!- intelligente. Ben malgré ça, t’as quand même des femmes qui postulent pour être pompières, policières, ingénieures, mathématiciennes, physiciennes, et qui s’y débrouillent pas mal… Où est le problème ?

Je te cite l’article évoqué ci-dessus :

François Desmet :

" La nature n’est ni bonne ni mauvaise ; elle est indifférente ". Depuis Darwin, nous savons même qu’elle se déploie dans tous les sens selon des lois d’adaptation à un environnement, et que ce que nous avons sous nos yeux est le fruit d’une évolution millénaire et non d’une volonté résolue. Il est en de même pour tout ce que nous estimons homogène, figé et sûr. La nature n’a pas d’intention. Il faut donc oser renverser la perspective : où (diable) est-on allé chercher que le couple était une invention naturelle ? Où est-on allé chercher dans la nature que les couples devaient rester ensemble le temps d’élever un enfant ? Où est-on allé chercher qu’un enfant avait besoin d’un homme et d’une femme pour être élevé ? Et même, où est-on allé chercher le fait que la monogamie et la fidélité étaient naturelles ? Nulle part. Tout ce que la nature nous dit c’est qu’il faut des gamètes mâle et femelle pour faire un enfant. Point. Tout le reste de nos postulats sur l’union, la monogamie, la parentalité ont des fondements culturels et civilisationnels – surtout religieux, mais pas exclusivement.

Cela ne rend évidemment pas ces principes indignes de respect pour autant ; cela signifie simplement qu’aucun d’eux n’est justifiable par la nature.

La nature que tu invoques, c’est la même qui est dans les ouragans, les cyclones, les éruptions volcaniques, etc. La nature, c’est la maladie - genre le sida, le cancer, les virus. Si je pousse ton raisonnement, toute la médecine, par exemple, va à l’encontre de la nature. Au fond, si un mec chope une maladie mortelle, on devrait le laisser crever, parce que c’est sûrement la nature qui s’autorégule. A moins que tu n’attribues des intentions à la nature, une finalité qui lui soit propre (genre, la vie), et du coup les humains devraient agir en fonction de cette finalité : c’est un peu ce que postulent les religions. A ce moment-là, comment expliquer et justifier la destruction présente intrinsèquement dans la nature ?

Toujours est-il qu’on est dans les registres des interprétations et pas de la nature en tant que telle. La nature elle est, point. Elle est d’une certaine manière. Que nous calquions notre existence sur la sienne soit bon ou mauvais, c’est un jugement proprement humain, qui fait intervenir d’autres critères - moraux, justement.

Intervenant x :

J’ai de très rare certitudes, mais l’une d’elles c’est que l’homme n’arrivera jamais à se substituer à la nature, il ne va que trifouiller en surface, se prenant pour un génie, alors qu’en fait il ne fait que détruire ce que la nature à lentement mais surement produit.

La nature est destruction également, parfois.

Manger est une destruction en soi. Manger d’autres êtres, par exemple. Comment justifier qu’un être humain enlève la vie à d’autres êtres vivants? Enlever la vie, c’est pourtant contre-nature, non? Qu’est-ce qui fait que ce n’est pas amoral, alors?

Quoi qu’il en soit, il n’est pas question de se substituer à la nature. Simplement, l’être et le devoir-être, ce sont deux questions carrément différentes.

Intervenant x :

Il y a des différences physiques notables, on y échappe pas, et pour être pilote de chasse il faut être au top physiquement et mentalement.

Quand je vois le niveau physique de pas mal de mecs dans ce genre de fonctions, je ne pense pas qu’une femme ne puisse pas y arriver. Maintenant, c’est possible que ce soit plus difficile pour elle.

Tu as dévié le débat à mon sens. J’ai dit “Au niveau biologique, on ne peut plus faire non plus sans les progrès de la génétique et autres […] on a une liberté qui transcende quand même la donnée biologique : plus besoin de l’acte de copulation pour donner naissance à de nouveaux individus” et toi tu as répondu “c’est une illusion” en développant des hypothèses hors de propos en ce qui me concerne.

D’autres types d’organisation sociale existent déjà, y compris “dans la nature”

Toujours est-il qu’on peut carrément se permettre sans que ça ne coute un bras à la société (c’est comme ça en Belgique depuis 10 ans et notre économie se porte pas plus mal qu’en France merci) de faire que cela se passe autrement que ce que certains préceptes le veulent. Et le tout, sans compromettre quoi que ce soit (au niveau de la survie de l’humanité, par exemple). L’argument c’est genre “c’est comme ça dans la nature”. Si c’était réellement comme ça dans la nature, que c’était un déterminisme, ce serait universel et on ne pourrait rien y faire. Tout homme ferait un ou plusieurs gosses à une ou plusieurs femmes.

Et bien non, y a plein de sociétés où c’est pas comme ça. Dans la nature même, il y a des êtres vivants qui se reproduisent de manière asexuée. Des êtres plus élémentaires, certainement, mais qui montrent que non seulement la liberté humaine (c’est de ça dont il est question) n’est pas conditionnée totalement à la nature, mais en plus que même la vie en tant que telle ne répond pas à une et une seule recette de fabrication.

(NB : Les médias sont vecteurs d’éducation. Un vecteur parmi d’autres).

Quant au discours que tu tiens sur le mariage homosexuel, je suis en total désaccord avec toi. Je doute que la France ait eu subitement des élans altruistes envers les plus pauvres en se disant que c’était trop injuste pour eux que seuls les homos assez fortunés puissent adopter… Je n’ai malheureusement pas assez de temps pour te répondre plus en profondeur.

intervenant x (en réponse à une intervention tierce, d’un autre intervenant) :

En quoi c’est pertinent QUE PERSO je doute OU pas, en QUOI ça te concerne ????? On s’en TAPE DE MES CONVICTIONS, on DISCUTE là !

En fait le truc c’est que de tes convictions ou hypothèses (appelons les comme tu veux) découle une morale / une éthique, de ce qui te semble bon / normal pour le monde. Or, certaines affectent justement d’autres personnes, dont tu estimes les pratiques contre-nature. Politisées, ces affirmations sont dommageables à la liberté de certains individus. Donc en un sens, oui, le fait que tu doutes ou non peut être important dans une telle discussion…

Métaphysique et liberté

Admis que les postulats métaphysiques des uns et des autres n’ont pas été prouvés - ni réfutés, n’est-on en effet pas en droit de se demander simplement ce qui est le plus correct pour une société harmonieuse ? Autrement dit, de faire fi de ces postulats contradictoires pour construire des arguments.

Jusqu’à présent, tu n’as argumenté à ce sujet qu’en te fiant à tes postulats métaphysiques, avec pour seul argument qu’ils sont irréfutables. Cela n’empêche qu’aucune loi universelle ne dit que le devoir-être doive découler de l’être, fusse même dans une vision purement positiviste-essentialiste (qui nierait en réalité toute liberté et qui voudrait dire que cette discussion est stérile car au fond tout serait déjà prédéterminé, qu’on le veuille ou non)…

intervenant x a écrit :

Non je pars du principe qu’ils sont vraie pour continuer, sinon je peux pas avancer dans l’argumentation.

Justement. En fait tes propos sont basés sur de nombreuses hypothèses que tu tiens vraies :

  • Il y a des lois immuables de la nature (hypothèse fertile dans le champ scientifique, dont l’application reste toutefois discutable)
  • La finalité de la nature est la vie ; la nature a en quelque sorte une “intention” (d’où le fait qu’on en est arrivés à déceler la notion d’entité divine derrière ton discours, qui pourrait être la nature en tant que telle ou autre chose, mais qui est en tout cas une chose “supérieure” qui détermine en dernière instance le sens du monde)
  • Ce qui va à l’encontre de cette finalité naturelle (cet état de fait qui n’est qu’hypothèse) est mal. Là, il y a ton fameux glissement de l’être au devoir-être.

Éventuellement, il y aurait aussi des vies et/ou des espèces qui ont plus de valeur que d’autres, mais je me trompe peut-être (tu ne m’as pas répondu quant à la destruction de vies tierces).

Toujours est-il que l’on peut se demander si, dans ton système, il n’est pas contre-nature de combattre un virus ou une pandémie, qui témoignent de l’essor d’un être vivant au détriment d’un autre. Quid également du fait que nous mangeons de la viande? Voire même des fruits et légumes? Comment justifier que nous détériorons la vie d’autres organismes à notre profit? C’est la nature, oui. On tourne en rond. Mais qu’est-ce qui fait que c’est bien ou pas? Si l’on s’en réfère à ton système, c’est mal. Or, comme “c’est comme ça dans la nature”, je doute que ce soit ton avis. Dès lors, comment justifies-tu ce système d’exception?

Il y a aussi une sorte de confusion entre individuel et collectif, dans la mesure où ton système métaphysique privilégie la vie dans l’absolu (du moins, la pérennité de l’espèce), tout en condamnant des comportements qui ne l’affectent pas vraiment, dans la mesure où si tu as des personnes gays ou des couples qui ne copulent pas dans le but de la reproduction, ça ne compromet en rien la survie de l’espèce (au contraire, si l’on en croit certaines craintes démographiques)… Une confusion encore entre “genre” et “sexe”, soulevée par intervenant y (encore une fois, entre ce qui est “décidé” socialement et ce qui “est”), ce qu’étudient justement les études de genre que tu dénonces en méconnaissance de cause, dans la mesure où ce qu’elles posent comme question c’est “qu’est-ce qui est construction sociale?”.

Plus haut, j’ai écrit :

Il est question d’étudier les constructions sociales, et non de dire que tout n’est que construction sociale. […] Le genre est d’ailleurs, par définition, un concept utilisé en sciences sociales pour désigner les différences non biologiques entre les femmes et les hommes.

Intervenant x a écrit :

Par contre je suis un peu déçu à être le seul à défendre, et à concevoir l’existence d’un Dieu en terme d’entité ou d’être suprême.

Tu n’es pas seul à émettre l’hypothèse, mais tu es le seul à t’en servir pour déterminer du devoir-être humain. Or, ce qui te permet d’affirmer cela, c’est entre autres tes observations… de la nature.

Sur la rhétorique…

Plusieurs arguments concrets que j’ai la flemme de te copier-coller ici ont été exposés et montrent bien le caractère douteux de cette généralisation.

En gros, ce n’est pas parce que les choses sont comme ça qu’elles doivent l’être, d’une part. De plus, elles ne sont pas universellement comme tu les décris.

Dire que l’homosexualité du bonobo ou les ouragans sont contre-nature, c’est absurde. La nature serait contre-nature ! Dire que ses comportements homosexuels nuisent au déploiement de la vie, idem. Quid de la mante religieuse qui bouffe son mâle après le coït ? N’est-elle pas contre-nature ?

Et si on arrive à “aller dans le sens de la nature” (de sa finalité que tu lui postules, à savoir la vie), sans cependant faire comme elle (clonage, embryons, toussa), en quoi est-ce mauvais ?

L’argument des couts et de l’efficacité que tu utilises sont bidons : tu te réfères à ton système métaphysique pour tout justifier, et quand ça ne te convient plus tu nous sors du concréto-concret. A un moment donné, il faut être cohérent : au regard de ton seul système métaphysique qui privilégie la vie et les comportements pro-vie, il n’y a aucun problème au clonage, à l’insémination in vitro, etc.

Encore une fois, le souci est que tu fais du normatif à partir de ce que tu appelles des hypothèses que tu tiens en réalité pour des vérités indubitables / indiscutables. L’exercice consiste à dire que ce système pose problème justement sur le plan social et normatif, sur le plan de ses “effets” et du “bien” qu’il génère (critères pour en juger : plaisir, fertilité scientifique, émancipation / liberté, etc.).

Par rapport à tout cela, tu enfreins également la charge de la preuve. C’est à toi de démontrer tes hypothèses, pour peu que tu les affirmes/tiennes pour vraies à un moment donné (ce qui fait que ce ne sont plus des hypothèses), et non à nous de te prouver qu’elles sont fausses. Nous en avons déjà trop fait en te montrant leur non universalité (ce qui est plus simple à démontrer que l’universalité, concédons-le).

Enfin, poussé à l’extrême, ton raisonnement nous prive de liberté. Si l’univers / la nature / le “tout” est prédestiné et a une finalité bien précise, que c’est “naturel”, dans notre “moi profond”, au fond, nous ne pouvons aller que vers cela. D’ailleurs, il apparait totalement inexplicable qu’il existe des comportements qui vont à l’encontre de ce dessein. En fait, cela dénie tout enjeu de cette discussion, puisque tout est là, tout est donné. Il n’y a pas à discuter en fait, c’est comme ça.

A noter pour terminer que les discussions relatives aux études de genre et autres ont semblé bien stériles, ce qui semble malheureusement aller dans le sens de cette (hypo)thèse…

Intervenant x :

Tu me demandes un travail, à moi qui n’impose rien, que je pourrais essayer de produire si j’en avais les capacités et/ou le temps. Mais pourtant ce travail, tu me corrigeras si je me trompe, n’a pas été fait par la société qui m’impose à moi et à toi, et aux autres un devoir-être, qui lui est basé sur quoi?

Rassure-toi, j’adopte la même position envers certains impératifs sociétaux qui ne seraient pas le résultat d’un tel travail… Si cela peut s’apparenter à de la déconstruction, il est cependant rapidement plus fertile et a fortiori moins contraignant de partir de ce qui privilégie le libre arbitre que les déterminations extérieures…

Intervenant x :

J’ai ma conception du libre arbitre, bon elle est très métaphysique, tu l’as surement déjà remarqué. Donc je vais faire abstraction de ma conception, et pour débattre sur ce point, il me faudrait la tienne. Au moins pour comprendre, si ce n’est tenter d’apporter un début de travail.

Très très très trop long à dire comme ça. Quelques mots-clés :

  • Je ne rejette pas tout déterminisme / semi-déterminismes : condition d’homme mortel
  • Autonomie (littéralement “qui se donne ses propres lois” >< déterminismes = les lois sont données de l’extérieur)
  • Existentialisme modéré (“je me définis moi-même par mes actes”, en dépit de…)
  • Volonté - Responsabilité
  • Émancipation VS aliénations (aliénations = notamment idéologies, dogmes… = ce à quoi les gens croient sans savoir qu’ils y croient)

Plus de détails dans la section éthique et anthropologie philosophique, ici.

J’ai dit : Tu pars de postulats qui déforment ta vision de la réalité.

Intervenant x : C’est un compliment car pour moi c’est le paradigme de nos sociétés occidentales qui est difforme.

Certains de ces paradigmes - car heureusement il n’y en a pas qu’un seul - ont le mérite de ne pas être auto-contradictoires… De nombreuses questions restent sans réponse dans ton système. J’en reprends que tu as éludées :

La nature est destruction également, parfois.
Manger est une destruction en soi. Comment justifier qu’un être humain enlève la vie à d’autres êtres vivants? Enlever la vie, c’est pourtant contre nature, non? Qu’est-ce qui fait que ce n’est pas amoral, alors?

C’en sont parmi d’autres. Tu ramènes tout à un ou deux principes qui “vont de soi”, genre “la nature -> la vie”. De nombreux éléments semblent contredire cette thèse. Du coup, comment justifier leur existence / le fait qu’ils adviennent, et que dire de leur moralité ? Il y a de nombreux autres présupposés dans ton système, notamment celui d’une intelligence supérieure. En somme, on est obligés de démultiplier les présupposés pour pallier les contradictions.

C’est un bel exercice spéculatif, mais le zététicien / rationaliste te proposera de privilégier les pistes les plus simples. S’il y a infraction à des lois “universelles”, il faut expliquer ce qui les cause. Et pourquoi elles sont causées.

Pour faire encore plus simple, si tu le souhaites, prenons le raisonnement dans son sens le plus naïf (il est en réalité plus complexe) : tu me dis qu’il y a la vie dans la nature, je te dis qu’il y a la mort. Qu’est-ce qui explique que tu fasses le choix de dire que la finalité est la vie alors qu’il y a dans la nature tout autant la vie que la mort (et probablement d’autant plus de mort si on considère que l’absence de vie est la mort également) ?

Intervenant x :

Je crois que la plupart des gens confondent vivre mieux, et vivre dans le luxe.

Ce ne sont pas deux principes incompatibles. D’autres confondent être et devoir-être, nature et culture, sexe et genre… ;-)

Dogmatisme et sciences

Enfin, je viens de me rendre compte que j’avais loupé une de tes répliques…

Intervenant x :

Je suis pas non plus fan des études à tout va. Le fait est que c’est la théorie des genres qui “impose” de faire des études. Puisqu’à travers cette théorie on redéfinie une morale et des mœurs, on remet en cause des “convictions” qu’on avait depuis des millénaires. Du coup on peut pas accepter ça sans réflexion, observation, analyse, etc.

Cela mérite d’être décortiqué…

Je suis pas non plus fan des études à tout va.

Tu préfères les dogmes, les conventions, le “on a toujours fait ainsi”?

Le fait est que c’est la théorie des genres qui “impose” de faire des études.

Faux.

Puisqu’à travers cette théorie on redéfinit une morale et des mœurs, on remet en cause des “convictions” qu’on avait depuis des millénaires.

Mince, quel emmerdeur ce Galilée avec sa science, on était bien sans lui avec notre géocentrisme millénaire !

Ce n’est pas une finalité en tant que telle de toutes les études du courant des études de genre - qui sont bien des études et non des théories, me permets-je de te rappeler, mais quand bien même ce serait le cas, en quoi est-ce mal ? (Avant de répondre à cette question rhétorique, je te suggère de lire la suite et de plutôt te concentrer sur les réponses qui justifient les “écarts” et contradictions à ton système métaphysique, ainsi que les hiérarchies morales qu’il suppose en termes de droits à la destruction notamment).

Du coup on peut pas accepter ça sans réflexion, observation, analyse, etc.

C’est justement le parti pris inverse que tu sembles désespérément ne pas comprendre.

Un dogme consiste à dire “ça a toujours été comme ça”. Le courant des études culturelles en général, mais aussi ce qu’on est en train de faire ici, c’est justement de dire qu’on ne peut pas accepter telle ou telle assertion qui nous impose des règles de vie sans réflexion, observation, analyse, etc.

A la place de trouver des justifications basées sur de la spéculation, de soumettre la question à une véritable investigation scientifique.

Maintenant, on peut préférer la métaphysique à l’observation de ce qui existe, mais quand on revendique des règles qui se réfèrent à ou découlent de “la nature”, n’est-il pas mieux tout d’abord d’être bien au clair avec ce qui relève de ladite nature par rapport à ce qui n’en relève pas ?

Enfin, comme on l’a dit un bon mille fois, certains courants politisés de ce type d’études ne sont pas tout à fait objectifs et/ou opèrent un glissement entre le scientifique et le normatif (glissement qui se retrouve chez toi entre le métaphysique et le normatif), mais un des enjeux consiste justement à soumettre la décision normative à beaucoup plus d’observation, d’analyse, de réflexion, en ne se basant pas sur des “allants de soi”, des “thèses acquises”, mais bien une remise en cause critique, qui peut aller tant dans un sens que dans un autre (pourquoi le scientifique qui constaterait une règle universelle dans les comportements humains grâce à ses études culturelles le tairait-il, à moins d’être malhonnête?)…